Aujourd'hui: heure:
    A+ A A-

    L’Algérien en consomme trois fois la moyenne mondiale: la patate voit rouge !

    • Catégorie : infos
    • Écrit par Rania Z.

    La patate refait parler d’elle en Algérie, un pays où la consommation de ce tubercule, 111 kilogrammes de pomme de terre par an et par chaque algérien, fait l’équivalent de trois fois la moyenne mondiale qui est de 31 kilogrammes par personne. Mais cette fois-ci, ce n’est pas son prix qui occupe l’actualité mais bien le contraire, car ses prix enregistrent une chute vertigineuse, à peine 25 dinars le kilogramme en gros, même pas de quoi payer les frais d’ensemencement et des travailleurs. Cette situation a poussé de nombreux agriculteurs à exprimer leur colère, voire des actions de protestations inédites, à l’exemple des agriculteurs de Bouira, qui ont déversé le 18 janvier dernier d’énormes quantités de pomme de terre sur l’autoroute Est/ouest, perturbant gravement la circulation des automobilistes à hauteur de ce tronçon. C’est le résultat d’un marché complètement désorganisé qui fait que parfois la pomme de terre est cédée à 120 dinars le kilo et d’autre fois la production est jetée dans la nature ! Rappelons que le dimanche 22 décembre, à l’occasion de première sortie sur le terrain, à l’occasion de la foire de la production nationale, le président Tebboune avait lancé à des agriculteurs que « La pomme de terre ne doit pas dépasser les 60 dinars le kilogramme, c’est le maximum supportable. Stockez les quantités qu’il faut et faites en sortir à chaque fois que l’exige le marché. Il faut que l’Algérien consomme de la pomme de terre à 60 DA, pas plus! Il est inacceptable de revenir à de la pomme de terre à 100 DA et 120 DA le kilogramme ». Oui, c’est bien beau, mais dans ce cas de perte des productions de plusieurs champs de pomme de terre, qui va payer les pots cassés ? L’Etat devrait également agir, en tant que régulateur, et compenser les pertes des agriculteurs, afin de les encourager à ne pas abandonner cette filière. Parce que, ce qui va se passer n’augure rien de bon pour les prix, justement, et personne ne pourra faire quoi que ce soit, y compris le président, car le marché est libre. Les pertes actuelles vont pousser beaucoup d’agriculteurs à tourner le dos à la filière, chose qui va provoquer dans les prochains mois une rareté de la pomme de terre sur le marché et une envoilée quasi assurée des prix. Que faire ? On sait que la crise de la pomme de terre se résout par la mise à disposition des agriculteurs d’infrastructures de stockage. Car, cette filière enregistre un surplus de production à certaines périodes de l’année et là, la disponibilité des infrastructures de stockage est indispensable pour éviter d’inonder le marché et provoquer l’écroulement des prix, qui mettront en faillite des milliers d’agriculteurs, estiment des spécialistes. Les autorités ont bien mis en place depuis une dizaine d’années le fameux SYRPALAC, un mécanisme de régulation, dont le principe fait que l’État achète les quantités en surplus auprès des producteurs, les stocke dans des chambres froides et les mets sur le marché lorsque cela est nécessaire. Hélas, ce système a fini par montrer ses limites à cause des prix d’achat officiel jugés trop bas et des capacités de stockage qui n’ont pas pu suivre la courbe ascendante de la production nationale. Reste le créneau d’exportation, qu’il faut encore parfaire. Car, là également le marché est désorganisé et il a besoin d’une planification rigoureuse qu’on n’applique pas uniquement lorsqu’on a des surplus mais à longueur d’année, en arrangeant la balance des besoins locaux, bien sûr. Il y a aussi le créneau industriel, avec la transformation de la pomme de terre en purée et autres frites, comme on le fait avec le concentré de tomate. Là, c’est le privé qui doit faire preuve d’imagination et de courage pour investir dans cette filière vierge.

    Connexion ou Créer un compte