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    La gestion de l’urgence, une norme algérienne

    • Catégorie : infos

    Pourvu qu’on y arrive à cet horizon 2019. Après ? Qu’importe l’état des lieux, le président qui sortira des urnes se trouvera encore, obligeamment, face à des situations qu’il devrait gérer en urgence. A la fin, l’Algérie fera hériter ses enfants d’un paquet d’urgences.

     La ministre de l'Education nationale, Nouria Benghabrit, a insisté mercredi 13 septembre sur la nécessité de régler « en urgence » le problème de la surcharge des classes au niveau des établissements éducatifs. Ainsi que la problématique de la disponibilité du livre scolaire. Le ministre des ressources en Eau doit, de son côté, improviser un plan d'urgence pour l'alimentation en eau potable de la wilaya d'Annaba, un plan mis en branle ces derniers jours par les pouvoirs publics pour juguler un stress hydrique dans la région, qui a provoqué la soif et colère de la population. Les programmes du logement qu’on doit lancer en urgence, la Santé qu’on doit replacer sur des rails solides en urgence…tant d’exemples où la solution d’urgence est devenue un impératif de gestion. Car, partout, là où on passe à travers tous les secteurs, le mot d’ordre est à l’urgence. Désormais, tout se gère dans l’urgence, non pas pour aboutir à des solutions bénéfiques et durables, mais parce que la situation devient tellement insoutenable, pouvant à tout moment déraper vers l’ingérable si on n’y met pas les bouchées doubles pour redresser la barre. Cela laisse apparaitre une nette impression d’un navire qui chavire et qu’il faut à tout prix redresser maintenant, et tout de suite, sinon il prendra de l’eau et coulera. L’urgence peut se présenter comme une solution pour gagner le pari du développement, mais elle est une bêtise quand on se retrouve à gérer l’urgence comme quelqu’un qui ne voit pas plus loin que le bout de son nez. En économie, le Premier ministre qui va présenter lundi 18 septembre le plan d’action du gouvernement devant les députés, arrive avec un traitement d’urgence à la crise économique qui secoue le pays. Selon sa vision, l’urgence recommande, voire exige, d’aller vers le financement non conventionnel pour affronter la crise économique, nécessitant de passer par l’amendement de la loi sur la Monnaie et le crédit. Là, encore urgence oblige, sitôt dit, sitôt fait, car cet amendement a été déjà adopté par le Conseil des ministres du 6 septembre dernier. On passe à l’acte, à la planche à billets, en urgence, et la Banque d’Algérie se trouve autorisée à prêter directement au Trésor public de l’argent « fictif », afin de permettre à ce dernier de financer les déficits du budget de l’État, de financer la dette publique interne et d’allouer des ressources au Fonds national de l’investissement. C’est mieux que d’aller vers l’endettement extérieur, avance-t-on. Résultat d’une absence de vision sur le moyen et long terme, l’Algérie se retrouve à gérer ses affaires dans un état de hâte exagérée, assortie d'un manque de réflexion qui pourrait s’avérer fatal pour l’avenir du pays. C’est ce qu’on appelle la précipitation, qui fait rater des buts aux footballeurs, qui confondent entre vitesse et précipitation. Enfin, dans le domaine du football, du sport en général, on se retrouve souvent, également, à gérer l’urgence, alors qu’on devrait planifier les victoires sur le moyen et le long terme, notamment par le biais de la préparation et le travail de fond. Ainsi vogue la galère, au gré des plans et des solutions urgentes. Pourvu qu’on y arrive à cet horizon 2019. Après ? Qu’importe l’état des lieux, le président qui sortira des urnes se trouvera encore, obligeamment, face à des situations qu’il devrait gérer en urgence. A la fin, l’Algérie fera hériter ses enfants d’un paquet d’urgences. Comment alors, à une époque où tout doit reposer sur l’efficacité, le rendement et la productivité, faire la part des choses entre l’urgence nécessaire, pour corriger et redresser des situations imprévisibles à temps, et l’urgence liée à quelques enjeux de survie politique ? Hélas, il faut encore faire la part des choses, en urgence, pour sauvegarder l’avenir du pays.

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